C’est un mardi après-midi de fin mars, c’est-à-dire, dans l’hémisphère sud, le tout début de l’année universitaire. Devant le bâtiment néoclassique de la Casa Central, sur l’Alameda, en plein centre de Santiago, un groupe d’étudiants de première année se rassemble. Derrière eux se dressent les Andes : même en plein été, on aperçoit depuis la ville des sommets enneigés. Quelqu’un vend des empanadas, quelqu’un distribue des tracts pour une réunion de la fédération étudiante, et à côté passe un enseignant qui revient tout juste de l’observatoire du désert d’Atacama. Ce n’est pas une brochure de recrutement. C’est un jour ordinaire à l’Universidad de Chile, la plus ancienne et la plus influente université du pays.
En bref : l’Universidad de Chile est une université publique de recherche fondée en 1842, la plus ancienne du Chili et 173e mondiale dans le QS World University Rankings 2026. L’admission en cursus complet se fait exclusivement en espagnol via l’examen central PAES, et la gratuidad (études gratuites) ne concerne que les Chiliens, si bien qu’un étudiant français paie l’intégralité de l’arancel, de l’ordre de 3,6 à 9,5 millions CLP par an (environ 3 400 à 9 000 EUR). Pour la plupart des étudiants français, la voie la plus réaliste n’est pas le diplôme complet, mais un échange semestriel dans le cadre d’Erasmus+ ou d’un accord bilatéral. L’université figure parmi les meilleures au monde en ingénierie minière (16e au classement QS) et en odontologie (30e).
Ce guide diffère de mes articles sur les universités européennes, parce que l’Universidad de Chile est un monde différent d’une université néerlandaise ou danoise proposant un cursus de licence en anglais. Ici, c’est l’espagnol qui domine, avec un système d’admission et une logique proprement chiliens, dans un pays où les études publiques sont gratuites, mais seulement pour les citoyens. Je vous emmène à travers ce qui compte vraiment pour un candidat français : la position de l’université dans les classements, la mécanique du PAES, les coûts réels en pesos et en euros, les voies de mobilité via Erasmus+ et les aides à la mobilité internationale, et une réponse honnête à la question de savoir si le jeu en vaut la chandelle. Si vous envisagez des études en Amérique latine ou souhaitez comparer cette option avec les universités européennes, vous trouverez ici une vue d’ensemble complète.
Quelle est la position de l’Universidad de Chile dans les classements ?
Commençons par un chiffre qui impressionne : dans le QS World University Rankings 2026, l’Universidad de Chile occupe la 173e place mondiale (ex æquo). C’est un résultat supérieur à celui de la plupart des universités françaises hors grandes écoles, et cela la place dans le tout premier cercle de l’Amérique latine. Il faut tout de suite corriger un mythe répandu : dans le seul classement QS, ce n’est pas elle qui arrive première au Chili, mais la Pontificia Universidad Católica, privée (116e place). L’Universidad de Chile brille en revanche dans les classements mesurant la puissance de recherche : dans l’ARWU (classement de Shanghai) pour 2024, elle se situe dans la tranche 401-500, mais y est classée comme numéro un au Chili. Autrement dit, c’est la première université publique de recherche du pays, mais pas automatiquement la mieux classée dans tous les palmarès.
Ce qui est intéressant, et c’est une information pratique, c’est que le profil de l’université est très inégal. Le QS lui attribue 91,9 points pour la réputation académique et 92 points pour la réputation auprès des employeurs, et son indicateur employment outcomes atteint 97,6 sur 100. Cela signifie que les diplômés de l’Universidad de Chile s’en sortent très bien sur le marché du travail et bénéficient d’une marque forte. À l’inverse, les citations scientifiques (18,2) et l’internationalisation (moins de 13 points dans plusieurs catégories) tirent le résultat global vers le bas. C’est une université au prestige local et régional considérable, mais peu internationalisée, ce qui pour un étranger représente des défis concrets, sur lesquels je reviendrai.
C’est dans les classements par discipline QS by Subject 2026 que l’on voit le plus clairement où l’Universidad de Chile est réellement au sommet mondial :
- Ingénierie minière et extractive : 16e place mondiale. Ce n’est pas un hasard. Le Chili représente environ un quart de la production mondiale de cuivre, et l’université forme des ingénieurs pour ce secteur depuis des décennies.
- Odontologie : 30e place. La faculté d’Odontología compte parmi les meilleures d’Amérique latine.
- Development studies : 33e, droit : 48e, ainsi que de solides positions en sciences sociales et gestion (71e), en science politique (72e), et dans le premier centile mondial en anthropologie et en géographie (le QS les situe dans la tranche 51-100).
Autrement dit, si vos centres d’intérêt recoupent ces domaines, la marque de l’université fonctionne pleinement. Si vous cherchez un nom mondialement connu en finance ou en informatique, l’Europe ou les États-Unis offrent des options plus solides, comme LSE ou Bocconi pour l’économie et le commerce. L’Universidad de Chile a du sens comme choix de filière et comme choix régional, pas comme tampon universel de prestige.
Comment se déroule l’admission à l’Universidad de Chile, étape par étape ?
C’est ici que commencent les différences faciles à sous-estimer et qui sont pourtant déterminantes pour un candidat français. L’Universidad de Chile ne pratique ni une admission holistique à l’américaine, ni un système à la Parcoursup avec dossier détaillé et lettre de motivation par formation. L’entrée en licence (pregrado) passe par un système central chilien reposant sur un examen unique : le PAES (Prueba de Acceso a la Educación Superior), organisé par le DEMRE (Departamento de Evaluación, Medición y Registro Educacional). C’est l’équivalent national d’un examen d’entrée, qui a remplacé l’ancien PSU.
Le mécanisme fonctionne ainsi. Les candidats passent le PAES, un ensemble d’épreuves (compétences de lecture, mathématiques, plus des matières de spécialité comme les sciences ou l’histoire). Les résultats sont convertis en points, et les universités publient des ponderaciones, c’est-à-dire les coefficients de chaque épreuve pour chaque filière, ainsi que les vacantes, le nombre de places disponibles. En janvier a lieu la candidature centrale : vous indiquez une liste de filières classées par ordre de préférence, et un algorithme vous affecte à la filière la plus haute pour laquelle vos points suffisent. C’est plus proche du fonctionnement de Parcoursup, avec ses vœux hiérarchisés, son algorithme d’affectation et ses seuils de points, que d’une admission holistique fondée sur un dossier.
Pour un étranger titulaire du baccalauréat français, le parcours comprend deux étapes supplémentaires. D’abord, il faut faire reconnaître son diplôme (reconocimiento de estudios) auprès du ministère chilien de l’Éducation, pour que le baccalauréat soit valide dans le système. Ensuite, il faut s’inscrire au PAES ; comme le confirme le DEMRE, un étranger sans pièce d’identité chilienne peut utiliser son passeport, téléversé sur le portail d’inscription. L’Universidad de Chile mentionne explicitement la voie « Personas con estudios medios en el extranjero » (personnes ayant obtenu leur diplôme de fin d’études secondaires à l’étranger) parmi ses modalités d’admission spéciale. Côté calendrier : l’inscription au PAES Regular pour le cycle 2026 (admission pour l’année universitaire 2027) se déroule du 1er juin au 22 juillet 2026, l’examen régulier lui-même n’a lieu que du 30 novembre au 2 décembre 2026, et la candidature aux universités se fait du 4 au 7 janvier 2027 (calendrier DEMRE). Il existe aussi une session distincte et anticipée, le PAES de Invierno (15-17 juin 2026), pour une partie des candidats : ne la confondez pas avec la session régulière. Les dates changent chaque année, vérifiez donc toujours le calendrier actualisé du DEMRE.
Il y a néanmoins un obstacle incontournable : tout cela se passe en espagnol. Le PAES se passe en espagnol, les dossiers se déposent en espagnol, et une fois admis, on étudie en espagnol. L’Universidad de Chile exige des candidats titulaires d’un diplôme étranger une preuve de maîtrise de la langue. C’est une différence fondamentale par rapport aux universités que je décris dans le guide pour partir étudier à l’étranger, où un simple anglais certifié par le TOEFL ou l’IELTS suffit généralement. Ici, c’est le DELE ou le SIELE d’espagnol qui compte, et toute la logistique de candidature demande d’établir au préalable un calendrier d’application.
Trois voies réalistes pour un candidat français
Source : Universidad de Chile (uchile.cl/admision), DEMRE, analyse College Council
Un conseil concret pour terminer cette section. Si vous êtes bachelier de l’année et que vous ne parlez pas couramment espagnol, ne visez pas d’emblée le diplôme complet. Commencez par un échange pendant vos études en France, vérifiez si Santiago et le contexte académique chilien vous conviennent, et envisagez ensuite, éventuellement, un master ou un doctorat sur place. Je détaille cette logique de séquençage dans le guide quand commencer à préparer ses études à l’étranger.
Quelles filières étudier à l’Universidad de Chile ?
L’Universidad de Chile est une université généraliste, avec quatorze facultés et instituts et plus de deux cents programmes de licence. Ce n’est pas une école étroitement spécialisée, mais une université complète au sens classique et continental du terme. Je me concentre ici sur les domaines où l’université est réellement forte, car ce sont eux qui justifient de venir étudier précisément ici, et pas simplement « quelque part à l’étranger ».
La Facultad de Ciencias Físicas y Matemáticas (FCFM) est la faculté d’ingénierie phare, connue au Chili sous le simple nom de « Beauchef », d’après le nom de la rue. C’est de là que vient la 16e place mondiale en ingénierie minière. Ingeniería Civil de Minas, Ingeniería Civil, Geología et Geofísica forment les cadres d’un secteur qui porte l’économie chilienne. Beauchef possède aussi une informatique solide et abrite le Center for Mathematical Modeling, une unité qui collabore scientifiquement avec le monde entier. Si l’ingénierie des ressources naturelles ou les sciences de la Terre vous intéressent, c’est l’une des meilleures adresses de l’hémisphère sud.
La Facultad de Odontología est à l’origine de la 30e place mondiale dans le classement d’odontologie, ce qui en fait l’une des meilleures facultés d’Amérique latine dans ce domaine.
La Facultad de Medicina forme une part importante du corps médical chilien, et son histoire est étroitement liée à celle du pays : c’est ici que la future présidente Michelle Bachelet a étudié la médecine. Médecine et odontologie sont néanmoins aussi les filières les plus chères (j’y reviens plus loin) et celles où les seuils PAES sont les plus élevés.
La Facultad de Derecho (droit) occupe la 48e place mondiale au QS. C’est un vivier historique de la classe politique et judiciaire chilienne, et plusieurs présidents du pays comptent parmi ses anciens élèves.
La Facultad de Ciencias Sociales (FACSO), de son côté, se distingue en anthropologie, sociologie et psychologie, des disciplines où l’Universidad de Chile influence depuis des décennies le débat public dans toute la région. Pour qui s’intéresse à l’Amérique latine, à sa politique et à sa société, ces facultés offrent une perspective introuvable en Europe.
Il faut mentionner deux atouts uniques liés à la géographie. D’abord, l’astronomie : les déserts chiliens forment un centre mondial d’observation du ciel, et l’université a accès aux plus grands observatoires. Ensuite, la sismologie et les sciences de la Terre : le Chili est l’un des pays les plus sismiquement actifs au monde, et le Centro Sismológico Nacional est justement rattaché à cette université. Ce ne sont pas des disciplines faciles à étudier « à distance » : ici, elles s’apprennent dans leur environnement de recherche naturel.
Facultés et filières fortes
Source : Universidad de Chile, QS World University Rankings by Subject 2026
Combien coûtent les études et la vie à Santiago ?
C’est ici qu’un malentendu coûteux peut naître, alors autant être direct. Le Chili est connu pour sa gratuidad, c’est-à-dire la gratuité des études publiques. C’est vrai, mais avec une réserve de taille : la gratuidad concerne exclusivement les citoyens chiliens (et une partie des résidents permanents) issus de familles répondant à un critère de revenu, en général les 60 % les plus modestes. Il en va de même pour le crédit public CAE. Un étudiant français ne peut prétendre ni à la gratuidad ni au CAE, et paie l’intégralité de l’arancel.
Combien exactement ? Ici, pas d’estimation : voici les chiffres officiels de l’université pour les nouveaux étudiants en 2026 (uchile.cl, aranceles estudiantes nuevos) :
- Medicina : 9 468 300 CLP par an (environ 9 000 EUR)
- Odontología : 9 307 000 CLP (environ 8 800 EUR)
- Ingeniería y Ciencias, plan común : 8 695 300 CLP (environ 8 300 EUR)
- Derecho (droit) : 6 964 300 CLP (environ 6 600 EUR)
- Les filières les moins chères, principalement artistiques, démarrent autour de 3,6 millions CLP (environ 3 400 EUR)
S’y ajoute une matrícula annuelle (frais d’inscription) de 217 600 CLP, soit environ 210 EUR. Les conversions sont calculées au taux de juin 2026, où 1000 CLP valent environ 0,95 EUR. Le taux du CLP est volatil, donc considérez les montants en euros comme indicatifs, et les pesos comme la référence solide.
Comment cela se compare-t-il ? L’arancel complet en ingénierie (environ 8 300 EUR par an) est plus élevé que les frais de scolarité dans la plupart des universités publiques françaises et européennes continentales, mais nettement plus bas que ceux d’une université privée aux États-Unis, voire que les frais britanniques pour étudiants étrangers. C’est un niveau comparable aux frais de scolarité de Bocconi dans leur tranche haute. Gardez toutefois à l’esprit qu’au Chili, il n’existe pas de programme anglophone : vous ne payez donc pas pour « étudier en anglais dans un pays attractif », mais pour étudier en espagnol.
Le coût de la vie à Santiago est plus bas qu’en Europe de l’Ouest, mais plus élevé qu’en France pour un budget étudiant serré. Un budget mensuel réaliste ressemble à ceci :
- Chambre en colocation ou dans les quartiers étudiants (Ñuñoa, Santiago Centro, Providencia) : 250 000-400 000 CLP (environ 240-380 EUR)
- Nourriture et courses : 200 000-280 000 CLP (environ 190-270 EUR), cuisiner soi-même réduit sensiblement ce poste
- Transport (Metro de Santiago, l’un des meilleurs réseaux de la région) : 30 000-45 000 CLP (environ 30-45 EUR)
- Téléphone, internet, divers : 60 000-90 000 CLP (environ 55-85 EUR)
Au total, le coût de la vie mensuel réel se situe autour de 700 000-1 050 000 CLP, soit grosso modo 650-1 000 EUR. Sur une année, arancel d’ingénierie inclus, cela représente un ordre de grandeur de 16 000-20 000 EUR pour la première année d’un cursus complet. C’est une somme significative, et c’est pourquoi j’insiste autant sur le fait que, pour la plupart des Français, un échange semestriel avec une bourse Erasmus+, où les frais de scolarité ne sont pas payés du tout, reste la solution la plus raisonnable.
Source : uchile.cl, aranceles estudiantes nuevos 2026 ; taux CLP/EUR Wise, juin 2026
Quelles bourses et quels financements existent pour les Français ?
Puisque la gratuidad est exclue, où trouver de l’argent ? La situation d’un candidat français est très différente de celle des universités européennes, où existent des aides locales pour les étudiants de l’UE. Au Chili, vous êtes en dehors du système d’aide national, donc le financement doit venir de l’extérieur ou du niveau du programme d’échange lui-même.
L’outil le plus important et le plus réaliste est l’Erasmus+ International Credit Mobility. Le Chili, en tant que pays partenaire (partner country), est éligible à ce volet du programme Erasmus+, ce qui signifie que si votre université française a signé une convention avec l’Universidad de Chile, vous pouvez partir un semestre ou une année avec une bourse couvrant le billet d’avion et une part importante des frais de vie. C’est de loin la façon la plus économique d’étudier réellement à Santiago. Les détails et la logique complète de ce mécanisme sont décrits dans le guide comment partir étudier à l’étranger.
Le second pilier est l’Aide à la Mobilité Internationale (AMI) du Crous, réservée aux étudiants boursiers sur critères sociaux. Elle verse 400 euros par mois, pendant deux à neuf mois selon la durée de la mobilité, et se cumule avec la bourse sur critères sociaux elle-même (maintenue pendant la mobilité) ainsi qu’avec la bourse Erasmus+. Renseignez-vous aussi sur les dispositifs complémentaires proposés par certaines régions et certains établissements, en plus des ressources d’orientation de Campus France pour structurer un projet d’études à l’étranger. Contrairement à la bourse Fulbright, qui concerne exclusivement les départs vers les États-Unis, l’AMI et Erasmus+ sont ici les dispositifs pertinents.
Au niveau du doctorat apparaît l’agence chilienne ANID (Agencia Nacional de Investigación y Desarrollo), qui finance des doctorats, y compris pour des étrangers admis dans des programmes de recherche. C’est une voie pour ceux qui ont d’abord construit un profil scientifique solide et un bon niveau d’espagnol, et l’Universidad de Chile, avec son volume de publications et ses milliers de projets de recherche associés, est un bon endroit pour cela.
Je dis ce que je pense après des années de conseil : l’économie de cette décision est totalement différente de celle d’une université néerlandaise ou danoise. Là-bas, un étudiant français peut suivre tout un cursus quasi gratuitement en anglais. Au Chili, vous payez l’intégralité de l’arancel en espagnol, donc le diplôme complet a du sens surtout quand vous choisissez consciemment l’Amérique latine comme orientation de vie, et non quand vous cherchez le prestige le moins cher. Pour tous les autres, l’échange semestriel est tout simplement une meilleure version de la même expérience.
- Jakub Andre, fondateur de College Council
Une remarque tirée de notre pratique. Sur la base des échanges avec nos clients qui envisagent des études en Amérique latine, deux choses surprennent le plus souvent les candidats français : d’abord, que la gratuidad ne les concerne pas, et ensuite, à quel point toute l’admission est hispanophone et locale. C’est pourquoi nous recommandons presque toujours de commencer par un échange pendant les études en France, avant d’envisager un diplôme complet outre-Atlantique. Le fonctionnement de cet accompagnement est décrit dans l’article en quoi consiste l’accompagnement éducatif, et vous découvrirez qui nous sommes dans College Council, qui sommes-nous.
Comment est la vie étudiante à Santiago ?
Santiago est une métropole de plus de six millions d’habitants, installée dans une cuvette au pied des Andes. C’est une ville de contrastes : les tours modernes du quartier de Las Condes (surnommé « Sanhattan ») côtoient le centre colonial et les ruelles artistiques et couvertes de street art de Bellavista. Pour un étudiant, cela signifie une grande agglomération dynamique, bien desservie, avec l’un des meilleurs réseaux de métro de la région, et des montagnes accessibles le temps d’un week-end.
L’Universidad de Chile n’a pas de campus unique et fermé à l’américaine. Ses facultés sont dispersées dans toute la ville : la Casa Central historique sur l’Alameda, le campus d’ingénierie de Beauchef un peu plus loin, Juan Gómez Millas (sciences sociales et lettres) dans le quartier de Ñuñoa, la médecine près de l’hôpital clinique. Cela change le rythme de vie : on ne vit pas « sur le campus », mais dans la ville, en se déplaçant en métro. Les étudiants louent le plus souvent une chambre à Ñuñoa, à Providencia ou dans le centre de Santiago, à proximité de leur faculté.
La vie étudiante a ici un trait marqué qu’on ne retrouve pas en Europe de l’Ouest : un pouls politique et social très fort. La Federación de Estudiantes de la Universidad de Chile (FECh) est l’une des organisations étudiantes les plus anciennes et les plus influentes d’Amérique latine, et les étudiants chiliens ont une longue tradition de mobilisation et de débat public. Beaucoup de dirigeants de la vie politique chilienne actuelle ont commencé précisément dans le mouvement étudiant de cette université. Si la politique, les mouvements sociaux ou l’Amérique latine vous intéressent, c’est un environnement où il se passe énormément de choses.
En dehors de l’université, le Chili offre des expériences difficiles à trouver ailleurs. En l’espace d’un week-end, vous pouvez skier dans les Andes (les stations au-dessus de Santiago fonctionnent de juin à septembre), puis vous retrouver la semaine suivante face au Pacifique dans la colorée Valparaíso. Le désert d’Atacama au nord, la Patagonie au sud, l’île de Chiloé, tout cela est accessible pour un voyage plus long. Pour beaucoup d’étudiants en échange, c’est cette géographie, plus que l’université elle-même, qui laisse le souvenir le plus fort.
Préparez-vous néanmoins à deux réalités. D’abord, la barrière linguistique est bien réelle : l’espagnol chilien passe pour l’un des accents les plus difficiles à comprendre de tout le monde hispanophone, avec énormément d’argot local (chilenismos) et un débit de parole rapide. Ensuite, la bureaucratie : reconnaissance des diplômes, visa étudiant, inscriptions, tout cela demande de la patience et de l’espagnol. Sur les questions pratiques comme le logement, j’écris davantage dans le guide logement étudiant à l’étranger. Si vous vous demandez s’il faut d’abord faire une année de césure pour apprendre l’espagnol, c’est pour beaucoup un plan tout à fait raisonnable.
Quelles sont les perspectives de carrière après l’Universidad de Chile ?
Ici, les chiffres parlent clairement. Dans le QS World University Rankings 2026, l’Universidad de Chile atteint 97,6 points sur 100 dans la catégorie employment outcomes et 92 points pour la réputation auprès des employeurs. Dans le contexte chilien et régional, ce diplôme est l’un des signaux les plus forts que l’on puisse avoir sur le marché du travail. Ses diplômés accèdent aux plus hauts postes dans l’administration publique, la magistrature, les grandes entreprises et la recherche.
Il faut cependant distinguer deux marchés. Au Chili et en Amérique latine, la marque Universidad de Chile est de première catégorie. Un ingénieur de Beauchef dans le secteur minier, un juriste de la Facultad de Derecho, un médecin de la Facultad de Medicina : ce sont des trajectoires vers des carrières prestigieuses dans le pays et la région. L’exploitation du cuivre est d’ailleurs un secteur d’importance mondiale, et l’expertise chilienne dans ce domaine est reconnue partout où l’on extrait des métaux.
En dehors de l’Amérique latine, la situation est plus nuancée. La marque est moins connue que celle des grandes universités européennes ou américaines, et le simple fait d’avoir étudié en espagnol fait naturellement du monde hispanophone votre marché du travail de prédilection. Ce n’est pas un défaut, seulement une orientation à choisir en connaissance de cause. Si votre objectif est une carrière dans un environnement hispanophone, dans des organisations actives dans la région, dans les mines, l’énergie ou la recherche sur l’Amérique latine, ce diplôme ouvre des portes qu’une université européenne n’ouvrira pas.
L’histoire de l’université donne une idée de son poids. Plusieurs dizaines de présidents du Chili sont liés à l’Universidad de Chile. Salvador Allende y a étudié la médecine avant de devenir président en 1970. Michelle Bachelet, première femme à la présidence du Chili, est diplômée en médecine de cette université. Ricardo Lagos, président de 2000 à 2006, y a étudié le droit. L’université est aussi liée à deux prix Nobel de littérature chiliens, Gabriela Mistral (prix Nobel 1945) et Pablo Neruda (prix Nobel 1971). Ce n’est pas une liste marketing, mais le simple fait que cette université façonne les élites du pays depuis près de deux siècles.
Universidad de Chile face aux alternatives : est-ce un bon choix ?
Après tous ces chiffres, comparons l’Universidad de Chile à deux catégories d’alternatives, car pour un candidat français, ce sont de vrais embranchements, pas des abstractions.
La première alternative, ce sont les universités anglophones d’Europe continentale. Si votre objectif est un diplôme reconnu mondialement en anglais, peu coûteux et proche de la France, les universités néerlandaises ou scandinaves devancent le Chili dans presque toutes les catégories pratiques : coût nul ou réduit pour un étudiant de l’UE, absence de barrière de l’espagnol, internationalisation plus poussée, proximité avec la France. Un bon point de repère ici est par exemple Maastricht University. Donc si vous hésitez entre « Chili ou Europe » uniquement pour des raisons de prestige ou de prix, l’Europe l’emporte généralement. Je le montre dans l’analyse du retour sur investissement des études à l’étranger, dans la comparaison des coûts entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Europe et dans le comparatif des MBA en Europe et aux États-Unis.
La seconde alternative, ce sont d’autres universités d’Amérique latine et du Chili lui-même. Au Chili, le principal rival est la Pontificia Universidad Católica de Chile, privée, souvent mieux classée mais plus chère. Dans la région, la concurrence vient d’universités brésiliennes (USP, Unicamp) et mexicaines (UNAM, Tec de Monterrey). L’Universidad de Chile se distingue par son caractère public, sa tradition la plus longue du pays, et de solides sciences de l’ingénieur et sciences sociales.
Alors, quand l’Universidad de Chile est-elle un bon choix ? À mon avis, dans trois situations.
D’abord, quand vous liez consciemment votre avenir à l’Amérique latine et à l’espagnol, et qu’un diplôme de la meilleure université publique de la région devient alors un véritable atout.
Ensuite, quand vous vous intéressez à des points forts précis, l’ingénierie minière, les sciences de la Terre, l’astronomie, l’anthropologie latino-américaine, que vous ne retrouverez pas à ce niveau et dans cet environnement en Europe.
Enfin, et c’est le groupe le plus large, quand vous voulez partir en échange semestriel et découvrir la région sans payer l’intégralité de l’arancel. Pour la grande majorité des étudiants français, c’est précisément cette troisième voie qui est optimale. Si vous êtes encore en train de construire votre stratégie, commencez par le guide pour choisir une université à l’étranger.
Peut-on étudier à l'Universidad de Chile sans parler espagnol ?
Comment se déroule l'admission à l'Universidad de Chile pour un candidat étranger ?
Combien coûtent les études à l'Universidad de Chile pour un étudiant français ?
Comment les Français peuvent-ils partir à l'Universidad de Chile en échange ?
Le diplôme de l'Universidad de Chile est-il reconnu en France et en Europe ?
Dans quels domaines l'Universidad de Chile est-elle la plus forte ?
Quel niveau d'espagnol est nécessaire et comment le prouver ?
Conclusion : pour qui l’Universidad de Chile est-elle faite ?
L’Universidad de Chile est la plus ancienne et la plus influente université du pays, une référence mondiale en ingénierie minière et en odontologie, un vivier de présidents et de prix Nobel chiliens. Pour un Chilien, c’est le sommet des aspirations, en grande partie gratuit grâce à la gratuidad. Pour un Français, le calcul est totalement différent : arancel intégral, barrière de l’espagnol et caractère local, peu internationalisé, de l’université.
Cela ne veut pas dire que ce n’est pas intéressant. Cela veut dire qu’il faut choisir en connaissance de cause. Si vous liez votre avenir à l’Amérique latine, si vous aimez l’espagnol ou si vous êtes attiré par des points forts précis de cette université, le diplôme complet peut être une excellente décision, et la 173e place au QS ainsi que les 97,6 points en employabilité sont des arguments solides. Pour tous les autres, la meilleure version de cette expérience reste l’échange semestriel dans le cadre d’Erasmus+ ou avec l’Aide à la Mobilité Internationale : vous découvrez Santiago, les Andes et le Pacifique, vous ajoutez à votre parcours quelque chose que personne d’autre dans votre promotion n’aura, et vous ne payez pas de frais de scolarité.
Prochaines étapes
- Déterminez votre voie : diplôme complet ou échange. Pour la plupart des Français, la réponse est l’échange ; vérifiez si votre université a une convention avec l’Universidad de Chile.
- Commencez l’espagnol : minimum B1 pour un échange, B2/C1 pour un cursus complet. Prévoyez un an d’apprentissage et un certificat DELE ou SIELE.
- Calculez votre budget : arancel complet (3,6 à 9,5 millions CLP) plus le coût de la vie (650 à 1 000 EUR/mois). Renseignez-vous sur les appels à candidatures Erasmus+ et l’AMI du Crous.
- Vérifiez vos chances et construisez votre plan sur app.college-council.com, où nous vous aidons à comparer le Chili avec des alternatives en Europe et à organiser votre calendrier de candidature.
- Préparez vos documents : pour un cursus complet, reconnaissance du baccalauréat au Chili et inscription au PAES ; pour un échange, learning agreement et visa étudiant.
Consultez aussi nos autres guides sur les universités et les études à l’étranger : LSE, Bocconi, Sciences Po, KU Leuven, University of Amsterdam, ainsi que le guide sur la reconnaissance du baccalauréat français pour des études à l’étranger. Bonne chance, à Santiago ou ailleurs.
Sources et méthodologie
- QS Quacquarelli Symonds - QS World University Rankings 2026 : Universidad de Chile (position 173, résultats détaillés)
- QS Quacquarelli Symonds - QS World University Rankings by Subject 2026 (mines 16e, odontologie 30e, droit 48e)
- Universidad de Chile - Admisión y Matrículas (voies d’admission, admisión especial)
- Universidad de Chile - Aranceles estudiantes nuevos 2026 (arancel et matrícula)
- DEMRE - Proceso de Admisión, PAES (mécanique de l’examen et de l’inscription)
- DEMRE - Calendario del Proceso de Admisión 2026 (inscription 1.06-22.07.2026, PAES Regular 30.11-2.12.2026, PAES de Invierno 15-17.06.2026, candidature 4-7.01.2027)
- Times Higher Education - World University Rankings: University of Chile (effectif ~42 000, structure)
- ShanghaiRanking (ARWU) 2024 - position 401-500, numéro 1 au Chili
- Wikipedia - University of Chile et List of alumni (histoire depuis 1842, anciens élèves)
- Wise - taux CLP/EUR (conversions monétaires, juin 2026)
- Étudiant.gouv.fr - Bourses Erasmus+ et Aide à la mobilité internationale (AMI) (montants et conditions de l’AMI)
- College Council - données propres issues des échanges avec nos clients envisageant des études en Amérique latine (2024-2026)